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Le monde de Léa

"Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d'autre ..."
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Zé Tropicalwrote:
Passei para olhar o seu espaço. Parabéns !
Mes salutations ensoleillées de Salvador.
Sept. 3
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LE DESTIN

Je me souviens être rentré chez moi passé minuit en marchant comme une virgule, un pas devant, l'autre à côté. Le lendemain j'ai parlé à Flora de cette rencontre que j'estimais, dans mon entousiasme, miraculeuse. Elle m'a écouté gravement, puis elle a haussé les épaules, elle m'a dit :
- C'est normal.
Elle m'a embrassé et elle est partie à son travail sans autre commentaire. Elle avait raison, je n'avais pas à m'étonner. El Chura m'avait prévenu, quand je l'avais quitté, que j'allais à de multiples rendez-vous dont les lieux et les heures étaient décidés depuis longtemps, peut-être même, à ce qu'il m'avait dit, depuis le temps d'avant ma venue au monde. Je ne l'avais pas vraiment cru. L'idée d'être conduit par je ne sais quel guide invisible et bienveillant m'apparaissait poétique, mais improbable. Il m'a fallu pourtant accepter l'évidence que ma volonté consciente n'était pour rien dans mes cheminements et qu'un veilleur malicieux, en moi ou hors de moi, s'obstinait à ridiculier le hasard. J'ai aujourd'hui la certitude apaisante, quoi déraisonnable, d'avoir été mené sans cesse où je devais aller. Non point que j'aie été l'objet d'une attention particulière de la part de mon Créateur. Chacun en lui a sa boussole qui l'attire à ce qu'il lui faut. Tous les ânes vont aux chardons, tous les chiots à la mamelle. Les hommes eux, vont au savoir. Leur destin est de découvrir, d'éclore toujours plus amplement, de déployer sans fin leur esprit, leur conscience. Leur chemin est obscur, étrange, tortueux. Ils peuvent certes s'égarer, s'embourber dans l'absurde et maudire leur vie. Il m'est arrivé de me perdre, comme tout voyageur. Mais Dieu merci, même au plus noir des marécages je n'ai jamais désespérer jusqu'à nier l'existence des routes...

Extrait des "Sept plumes de l'aigle", Henri GOUGAUD

Les voyages ...

« Un voyage, fût-il de mille kilomètres, commence sous votre chaussure » Lao Tseu.

Pendant un jour, un mois ou un an…j’aimerais n’avoir qu’à avancer, à marcher droit devant, au petit bonheur la chance, vite ou lentement, selon l’envie du cœur et du moment. Marcher. Seulement marcher.

C'est le voyage, l'ailleurs, l'ignorance face à l'errance, l'état nomade, l'aventure. C’est l'imagination. Quand on n'a rien d'autre. Que le rêve.
Ce sont les mots et les émotions à poser sur du papier pour les sauver de l'oubli. Sauver ce sourire qui s'est envolé d'un visage d'enfant, ce ruisseau de fleurs qui tombait sur le canal, ce grand manteau de silence blanc qui enveloppait toutes mes montagnes. Ces souvenirs, images bien réelles dans ma mémoire, sans être des voyages à l'autre bout du monde, ces souvenirs flirtent avec des instants d'éternité. Des moments de bonheur. Simples. Si simples qu'il peut paraître étrange de se promener sur le quai des Lavandières comme sur les berges des canaux de l'Amstel. Il suffit d'ouvrir les yeux, de regarder, pour que certains instants s'abrogent une place ineffable dans la mémoire.

Ma préférence dans le voyage va au silence. A la lenteur.
Un voyage, c'est 
comme un dessert gourmand qu’il faut savourer. Prendre le temps de se perdre. Les ruelles perdues ne sont mentionnées sur aucun guide ! Ni le fumet des odeurs inconnues. Ni les couleurs. Ni les ombres. Il faut tout cela pourtant pour que la mémoire couse fil à fil les coussins des souvenirs.

A vouloir aller trop vite, la féerie du voyage s’en va comme peau de chagrin, comme neige au soleil. Ces ailleurs que l’on dit, que l’on pense, dans le cœur des gens pressés, des vagabonds qui ne le seraient que pour suivre les saisons, n’ont pas le temps d'être en courant...

Il y a de grands et de petits voyages, et il y a l'attente du voyage. L'attente du départ. Et la jolie robe de fébrilité dont s'habillent les avants, les veilles, à tout ce temps où l'on fait, défait et refait dix fois le sac, c'est déjà le voyage. 
Il y a ces voyages que l'on faisait enfant. Le temps prenait son temps. Le temps de nous emmener, à pieds, par des chemins que nous imagions aller au bout du monde, au village voisin. L'on voyageait d'un pré à une clairière, d'un cerisier à l'autre, en maraudant d'une bouche gourmande des cerises. Ah ! les cerises ! Que de fessées ont-elles valu à nos dix ans vexés !
Ah ! Quand de par le parfum de l'enfance nous avions du voyage le goût si facile et si simple ! Chaque promenade, même familière, nous emmenait ailleurs.

Les voyages ... Mille petites choses, que l'on croise dans la rue. L'oiseau qui se pose sur le rebord de la fenêtre. La larme qui mouille l'oeil d'un enfant. Le sourire d'une vieille dame qui rend jusqu'à ses rides heureuse. Un rai de soleil entre les murs. Ou les nuages. Et même la pluie. Les feux d'artifice mélangés aux éclairs. Les rideaux d'eau en petite musique de nuit magique du fond d'un lit...

Tout est voyage pour peu qu'on veuille.
Le voyage, c'est un peu comme le bonheur, on est doué ou on ne l'est pas...

Mon père ...

Qui n'a pas rêvé d'aller au bout du monde ?...
Moi, j'ai eu la chance d'avoir un père qui voyait le bout du monde au bout de ses chaussures, j'aurai presque dû dire au bout de ses pieds !, tant il aimait être pieds nus, mais ces pieds-là, avec ses idées à lui, ça faisait exploser des feux d'artifices dans mon enfance, mon père, c'était un original, boudeur, râleur, solitaire, un baroudeur à l'envers, un baroudeur de son coin de terre, il voulait connaître tous les sentiers, tous les ruisseaux, les arbres et les animaux du nouveau printemps, mon père ne se lassait pas de parcourir du bout des pieds le bout de terre qui s'étalait sous ses chaussures, alors le bout du monde, ça a commencé plus loin que ce dont je me souviens, dans les récits de ma mère, mais d'aussi loin que je me souvienne, mon frère, ma soeur, mon père et moi passions nos dimanches en vadrouille, au début nous marchions, je crois que ça a commencé comme ça, en nous apprenant à marcher, mon père nous baladait dans les rues du village, et au fur et à mesure que nous grandissions, nous menions nos pas plus loin, de village en village, puis nous avons grimpé sur les montagnes, dormi dans toutes les cabanes, bu à toutes les sources, nous avons eu toute la vallée comme terrain de jeux, après je me souviens de notre première "Coccinelle", et de tous les paysages qui ont défilé derrière les vitres de la voiture, des "coccinelles", il y en a eu plusieurs, l'une d'elle m'a même coupé un bout de la langue !, j'avais dix ou onze ans, un bout de langue en moins, mais je n'avais toujours pas vu la biche que mon père me montrait !, je lui avais dit que oui, pour qu'il ne soit pas trop triste, pour qu'on ait pas cassé la voiture pour rien, après on en a ri, de cette biche, coquine, et même Maman en a rit, elle reprochait toujours à mon père d'être "tête en l'air", mais elle savait que rien n'arrêtrait Papa, c'était plus fort que lui, il fallait qu'il nous fasse connaître chaque coin et chaque recoin, pas à pas, à tourner en rond autour de la terre, pour regarder, il disait déjà qu'un jour ça n'existerait plus, mais il avait raison, on va toujours plus loin pour retrouver ce qu'il y avait avant, dans son tour du monde, mon père pensait que chaque pas est nécessaire, qu'il ne faut pas marcher trop vite pour aller loin, que les chemins les plus justes ne sont pas forcément les plus courts, mon père, c'était quelqu'un mon père, peut-être pour moi parce que c'était mon père, mais quand  même, moi je connais pas beaucoup de papas qui mettent des grands chapeaux mexicains orange fluo !, mon père aimait tout ce qui se mettait sur la tête, il se fichait que certains le pensent ridicule, je me souviens d'un chapeau-parapluie, j'en ai oublié la couleur, et d'un chapeau de cow-boy, rouge, et ses "chapeaux des bois", parce qu'il partait souvent seul, dans les forêts, il aimait marcher seul, il est toujours revenu, mais parfois, lorsque j'étais petite, je me souviens qu'il avait "oublié l'heure", mon père était un solitaire, il m'a appris la solitude aussi, en m'emmenant parfois dans ses balades, j'aimais ces jours-là, surtout lorsqu'il pleuvait, l'héritage de mon père, et ma fuite, la pluie en ville, mon père, parti, ceux qu'on aime s'en vont toujours trop tôt...

Prague

Prague !...
C'est toute une histoire Prague, elle fût étrange, il ne pouvait pas en être autrement, après en avoir tellement parlé, on avait forcément imaginé des rues, des murs, des pas, des couleurs, des odeurs, des ombres, alors quand je me suis lancée, à pieds, dans les rues, sans vraiment savoir où j'allais, sans rien connaître, sans parler la langue, sans même parler autre chose que le français, et trois, pas plus, trois mots d'allemand-anglais-italien mélangés, bien sûr je suis partie dans le mauvais sens, le parc semblait si grand, si vide, j'ai commencé comme ça, et quand j'en ai eu fait le tour, jusqu'à revenir à mon point de départ, j'ai demandé ma direction, et c'était parti, je ne me suis plus perdue, le nord c'est par là, la Vltava coule dans ce sens, j'avais mes points de repère, j'étais rassurée, et j'étais lancée, après c'était les rues, les murs, les milliers d'abacules multicolores des vitraux des églises, les berges endiguées du fleuve et ses ilôts en friche, les couleurs des bâtiments, les cubes grossiers de l'architecture communiste, la légèreté des façades rococo, la pierre noire de la Tour de l'Horloge, les sous-reliefs blancs de la maison grise de  Kafka, les volets peints par les artistes praguois, l'économie des réverbères éparpillés, la flèche de 32 mètres de la cathédrale, toutes les ruelles de la colline sans poser un pas dans la Ruelle d'Or !, Prague c'est une longue mélancolie incrédule, un souffle ténu infini, un murmure sans fin, oui, j'ai aimé Prague, mais pour parler de Prague, il faut parler de Terezin, la ville des réfugiés, intellectuels et artistes, allemands et autres, transformée en ghetto juif pour avoir eu le tort d'être une ville fortifiée pensée par un empereur, oh !. lui n'avait pas pensé à mal sinon à défendre Prague, distante de 50 kilomètres, d'autres s'en sont chargé par la suite, 50 kilomètres pour faire un saut de 50 ans en arrière, à Terezin, gettho auquel on a ajouté, comme pour agrandir la ville, un camp de concentration, oh !. on ne gazait personne ici, on les tuait au travail, on les fusillait, on les pendait, et certains, trop solides, trop rebelles, trop vivants, on les jetait dans le train pour Auschwitz, parce que de sombres crétins avaient aussi pensé pratique de construire une voie de chemin de fer d'un camp à l'autre, d'une porte de l'enfer à l'autre, quand on a passé la première porte, on avance dans une enfilade de cours bordée d'enfilades de portes, la salle des papiers, la salle des bagages, les vestiaires, la salle de soins !, les salles de douches, les enfilades de portes, trous tous semblables ouverts dans les murs extérieurs se répétant d'une pièce à l'autre, à l'intérieur, labyrinthe sans fin qui ne débouchait à l'air libre que sur la potence ou le mur des fusillés !, des quinze mille enfants qui sont entrés au camp de Terezin, seuls cent en sont ressortis vivants !, et vous appelez ça des hommes, vous ...

3 heures du mat ...

Rive Droite, 3 heures du mat, certain fume cigarette sur cigarette, un verre de vin rouge à portée de main, les mots un peu plus loin, des fois faut aller les chercher les mots, une manière en vaut une autre, c'est vrai que les écrivains ont leur vice, et leurs vicissitudes, ne dit-on pas, d'ailleurs, que les poètes sont tourmentés ?, que sous leurs feuilles blanches naissent les ombres de la mélancolie, et celles du soleil avant qu'il ne s'approprie l'horizon, 3 heures du mat, et certain dorme, considérant le sommeil lui-mêne comme une drogue, une autre façon d'aller chercher les mots, j'aime bien votre rapport aux mots, j'aime bien votre chemin pour aller les chercher, ce que j'aime au fond, c'est la folie, et là vous allez me trouver un peu fou, s'il vous plaît, ne dites pas ce mot au féminin, c'est peut-être un de mes caprices, mais j'y tiens à mes caprices, dites-vous que c'est ma drogue, et comprenez-là puisque vous la consommez aussi, pas vraiment en m'écrivant il est vrai, pourtant j'aurai dû deviner quelque chose, que vous écrivez eût été impossible, mais quelque chose, peut-être à cause de votre voix, de ce soupçon de légèreté, cette ombre de féminité, je ne sais pas, mais il me semble que j'aurai dû deviner quelque chose, et vous, vous me parliez d'humour, quand il eût fallu parler d'ombres, de l'ombre des mots, alors sans doute n'est-ce pas tellement l'humour qu'il faut suivre ou chercher dans vos mots, mais l'intonation, s'arrêter à leur musique, seulement voilà, vous avez oublié que nos mots, jusqu'à tantôt, n'avaient pas de sons, ou alors essayer de les lire à haute voix, à la manière d'une pièce de théâtre, tiens, c'est vrai, vous aimez le théâtre, je crois que moi aussi, mais si j'aime aller au cinéma seule, je ne l'imagine pas au théâtre, sans doute est-ce pour cela que j e n'y vais pas, voyez mes lacunes !, ainsi vous aurez de quoi me parler, et je pourrai rester dans mon silence, écouter, et je me demande encore pouquoi l'on me parle, moi qui n'aime guère parler, il faut quand même que je vous dise qu'il m'arrive de ne plus m'arrêter aussi, c'est plus rare, c'est même très rare, c'est étrange pour quelqu'un qui aime les mots, et l'on peut certainement en dire autant de vous, enfin, il est toujours 3 heures du matin, c'est presque une heure indue, mais je vous envie, 3 heures du matin, c'est les bruits du silence des mots dans la ville, j'aime bien la nuit, mais le problème c'est que je suis une vraie marmotte !, et que le manque de sommeil a des effets pernicieux sur moi, mais parfois je prends la poudre d'escampette, quand je m'offre un week-end seule à la maison, je dors toute la journée, et je profite de la nuit, je le paie cher aussi, mais je ne suis pas courageuse, j'aime la nuit chez moi, avec mes livres, mes mots, mes dessins, et le feu dans la cheminée, et un verre de vin rouge, et un peu de musique, 3 heures du matin, c'est un peu l'heure fatidique, une heure particulière dans la nuit, les souvenirs de la nuit sont différents, il en est d'ailleurs un à Paris, avec des pommes vertes et des iris noirs, c'était un de ces jours d'évasion, lever du jour à Paris, journée brouillard, grise, une journée à Paris, retour dans la nuit à Genève, il y en a eu d'autres aussi, c'est vrai que Paris est une résurgence dans ma vie, et vous, petit titi parisien, avec sa nostalgie des pavés de Montmartre et des ponts de Paris, d'un platane qui flirte au printemps des bords de Seine, c'est un peu comme si Paris quelle que soit l'heure c'est toujours un peu Paris 3 heures du matin, enfin, tout ça pour vous tenir compagnie à 3 heures du matin, parce que moi, je dors, j'aime bien dormir, et j'aime bien rêver, alors je dors, pas assez pourtant ces derniers temps, sauf à Prague, j'ai bien dormi à Prague, et pourtant ce voyage est encore là, il prend aussi des mots, il m'a fait écrire, dites, vous me direz de quoi vous écrivez... à 3 heures du matin... si j'était un peu plus courageuse et un peu moins frileuse, j'irai faire des photos, à 3 heures du matin, sur les quais, aux Bains, et à l'aube dans les petites rues de la vieille ville, c'est vrai qu'on peut faire beaucoup à 3 heures du matin, et on peut tout imaginer faire à 3 heures du matin, mais moi je dors, et je rêve, et il vous a suffi de dire "3 heures du mat"...

Terezin

...quand la nuit tombe tôt, on s'endort tôt, et je me suis réveillée avant l'aube, je l'ai regardée venir, lentement, dans un ciel de traînées roses et grises, de rubans noirs et de percées de soleil, je ne le savais pas mais les couleurs indécises du jour qui se levait auguraient de celles de toute la journée, tout au long du voyage, tout au long de la route, d'abord on sort de la ville, cité satellite, banlieues, appelez ça comme vous voulez, ça, ça ressemble à chez nous, en plus substantiel, au fur et à mesure que l'on sort de la ville, le superflu semble devenir un mot qui n'existe pas, la route, ou plutôt l'autoroute défile, camions et voitures, du passé et du présent, se croisent, indifférents, les paysages sont nus, presque vides, la Bohème au Nord, et nous la traversons, la Moldavie au Sud, la Bohème, le grenier et le garde-manger de la Tchéquie, ils paraissent bien abandonnés ces paysages, un effet de l'hiver sans doute, la campagne endormie, la bande d'asphalte défile, grise, soporifique, entre la masse uniforme de ciel blanc cotonneux et les champs blanc brumeux à perte de vue, quelques arbres fantomatiques se découpent dans les blancs, et nous prenons des chemins de campagne qui serpentent, va savoir pourquoi, dans un pays plat, d'une ville à une ferme, d'un hameau à une fontaine, et jusqu'à Terezin, on distingue à peine la ville aplatie dans la brume au loin, et phénomène semblable à la tombée de la nuit, l'on tourne la tête et se dessine, devant mes yeux qui s'habituent aux gris, l'étoile de David dans le ciel, la brume est plus épaisse à quelques dizaines de mètres qu'au loin, le camp de Terezin est là, il semble émerger du brouillard aussi lentement que le jour s'installe, et puis c'est comme si l'on ouvrait les yeux, des dizaines de rangées de tombes bien alignées, la mémoire du souvenir, une route pavée bordée de platanes, et tout au fond la porte de l'enfer, la porte du camp de concentration de Terezin, même si l'on sait ce que l'on vient voir, voir c'est autre chose, le temps semble s'être arrêté ici, et si les peintures, gros rectangles noirs et blanc entourant la porte principale, imposante, la seule d'ailleurs, n'avaient pas été repeintes au millimètre et au cordeau, on se croirait revenu dans un autre temps, alors on franchit la tranchée entre les doubles fortifications, et on entre, c'est seulement en se retournant que l'on se rend compte qu'il n'y a plus de portes, ça n'ôte pourtant pas comme une impression d'étouffement au fond de soi, ça se voit sur les visages, les yeux sont inquiets, les regards perdus, indécis, il n'y a que des murs et des portes, partout, tout autour, où que l'on regarde, et l'on ne sait plus où regarder, même en levant la tête il n'y a rien, rien d'autre que le couvercle lourd et étouffant du blanc, l'horizon de ceux qui entraient ici se cognait aux murs et à des morcaux de ciel, maintenant il n'y a plus de bitume, ni même de pavés, les cours se succèdent de terre et de cailloux, de courtes rues en cul de sac, et partout des portes des portes des portes, des salles des salles des salles, la salle des papiers, où l'on abandonnait son identité, la salle des bagages, où l'on déposait des valises encore pleines de vie et de bouts de vie qu'on ne reverrait jamais, les vestiaires, où l'on pliait soigneusement des vêtement qui n'appartenaient déjà plus à personne, la salle des soins, rudimentaire, les salles de douches, communes évidemment, les lavabos bien alignés, les dortoirs communautaires obligatoires, où l'on s'entassait jour et nuit, quand on a vu tout ce gris, de la terre au ciel, du sol au plafond, il devient difficile de poser des potagers de légumes de l'autre côté de certains murs, sans doute aussi parce que derrière l'un de ces murs il y a la potence, et derrière un autre l'esplanade des fusillés, on y va jamais, on y va qu'une seule fois, mais l'on sait que c'est là, quelque part, de l'autre côté, un autre monde encore, il y avait déjà celui d'avant, celui qu'il a fallu abandonner, et celui à venir, inexorablement, les enfants l'avaient-ils compris ?, eux qui sont venus quinze mille et n'en sont repartis que cent, leurs dessins sont surprenants, ils parlent un peu encore les mots qu'eux-mêmes n'ont pas pu dire, les enfants dessinent toujours en couleurs, même la mort, ce sontles enfants qui donnent aujourd'hui encore les couleurs de ce temps-là aux films en noir et blanc des souvenirs, c'est difficile d'imaginer un camp de concentration, n'importe quel camp de concentration, Terezin me restera toujours gravé quelque part dans la tête, comment peut-on voir ça et dire que ça n'existe pas !, tu vois mon ange, la brume faisait partie de cette étrange journée, comme ton absence, après il fallait essayer d'arrêter de penser, mais c'est pas dans les rues de la ville qu'on y arrive, tout y est froid, on dirait que la vie s'essouffle ici, qu'il ne faut pas respirer trop fort, la ville se voûte sur elle-même, comment pourrait-il enetre autrement quand on vit entouré de cimetières, les Juifs, les Russes, les Allemands, et les Autres, enterrés là, et c'est surprenant, il y a des oiseaux dans tous ces endroits, et des enfants qui rentrent de l'école, parfois une voiture, la vie tourne au ralenti, et l'on rentre vers Prague, même toi tu ne savais pas où j'étais ce jour-là, mais j'ai pensé à toi, c'était le lendemain de mon anniversaire, c'était ma dernière nuit à Prague, c'était un étrange voyage ...

Prague - Terezin

Le 4 février 2007, je t'ai écrit ce matin, d'un café caché dans une petite ruelle du vieux Prague, je te disais que je n'aurai malheureusement pas le temps d'aller jusqu'à Terezin, mais j'irai, demain, ce serait idiot de venir si loin, et de ne pas faire ce petit pas, une heure de bus, et j'ai toute ma journée, le temps sera doux, ici aussi l'hiver a de drôle de couleurs, il n'y a de neige que sur les cartes postales, je ne m'attendais d'ailleurs pas à en trouver, pour cela il aurait fallu y venir il y a quelques années, et étrangerment, la peinture pragoise, et tchèque, est très colorée, la ville aussi, les façades des bâtiments ont toutes les couleurs de la gamme des pastels, et parfois, au détour d'une rue, un jaune éclate, entre safran et moutarde, rehaussi de dorures, une synagogue, Prague est une ville déroutante, et j'y aime ton absence, vois-tu mon amour, nos pas ne sont jamais les mêmes, ce que j'aime dans toutes les villes, ce sont les fleuves et les ponts, mais à cause de toi, je remarque les caves à musiques, même s'il y a plus encore de galeries, de couleurs, de peintures, de tableaux, et ici il n'y a pas de tag, même sur les murs, les volets, tout est peinture, tout est art, après, on aime ou on aime pas, mais on aime tout, même le ciel est étrange à Prague, et la tombée de la nuit surprenante, elle arrive d'un coup, l'instant d'avant elle n'était pas là, c'était encore un rayon de soleil, et hop on éteint la lumière !, ou plutôt on les allume, parce que le soleil s'est éteint, c'est vraiment surprenant, ce n'est certainement pas ta Prague, mais c'est celle que je découvre, au hasard de mes pas, de mes rues, ma Prague, et d'une certaine manière elle est un peu à toi, par nos récits d'avant, jusque dans les hésitations d'elle, voilà, Prague n'était pas écrite ensemble pour nous, ni complètement seule pour moi, Prague  nous ressemble, elle ressemble à ce qu'est devenue notre histoire, mais je m'égare, un peu, comme toujours, il est des égarements bénéfiques, mon escapade à Prague en est un, je peux te l'avouer maintenant, avec les lumières de la ville qui s'étalent sous mes pieds, nous avons parlé de tes hésitations mais pas des miennes, je suis là, à Prague, j'y ai passé toute la journée à marcher, hier aussi, mais hier c'était plus hésitant, aujourd'hui je savais que je pouvais me perdre et aller au hasard, d'ailleurs l'on tourne souvent en rond en marchant au hasard, et le hasard ne m'a pas emmenée dans la Ruelle d'Or, et les autres, malheureusement pour ma drôle de mémoire, n'ont pas des noms dont je me souvienne, que je puisse te rapporter, même cette petite ruelle dont j'ai visité toutes les galeries et que j'ai aimée, j'y suis allée hier, j'y suis retournée aujourd'hui, au vieux cimetière juif aussi, il y a quelque chose d'indécent à contempler cet enchevêtrement de tombes, il y a en elles quelque chose de l'éternité, certaines sont là depuis plus de trois cents ans, ce n'est peut-être pas le moment de parler de cela, ou peut-être que ça l'est, mais nous n'avons pas de la mort les mêmes pensées, et sur bien d'autres choses aussi d'ailleurs, même sur Prague, bien que je ne me fasse de Prague qu'une toute petite idée, quatre jour à peine, c'est trop court, moins un d'ailleurs puisque je vais demain à Terezin, je pars pour la journée, mais il faut dire que les journées sont courtes quand il flotte déjà dans l'air quelque chose de la nuit au milieu de l'après-midi, surprenant Prague, déconcertante, le changement, le dépaysement n'est pas toujours là où l'on croit, aurais-tu aimé ces après-midis aux couleurs de nuit ?, je ne sais pas, moi oui, et autant les aubes silencieuxes, précieuses, économes, qui viennent, mais arrivent tout en lenteur, j'aurai été loin bien avant que tu ne te réveilles sans doute, et pour en faire autant demain, je t'abandonne pour la nuit, je te raconterai, demain, peut-être, si le temps m'est donné, et je te raconterai les gens, aussi, mais je ne pourrai pas tout te raconter, il faudra que tu y ailles un jour ...

Les Yeux de la Nuit ...

C'est une jolie façon d'entrer dans la nuit que de l'illuminer, les jours qui raccourcissent ça fiche toujours un coup au moral, à croire que les gens font exprès d'en plus s'habiller en sombre !, et moi comme une idiote je fais pareil, parce que j'ai froid, ce soir-là il faisait froid, nous avions tous sortis nos grosses vestes d'hiver, et sans nous concerter, le froid prenait toute la place, instinctivement nous rajoutions des couches, mais Genève est plus cruelle que ça, le froid, ici, c'est la seule chose qu'on ne peut pas arrêter, quoi que l'on fasse, nous étions donc emmitouflés jusqu'aux oreilles, gants y compris, et nous descendions en ville, l'expression m'a toujours fait sourire mais puisque la chose se dit ainsi, nous descendions en ville, direction Quai de l'Ile, Dieu qu'il faisait froid, les enfants couraient dans tous les sens, comme des enfants !, je me souviens du Pont de la Coulouvrenière, parce qu'il était éteint, ses horribles candélabres vert et sans âge ne griffaient pas la nuit, pas ce soir-là, cela a comme adouci le froid qui planait dans l'air, il fallait bien cela, le pire allait survenir, du Pont de la Coulouvrenière un escalier mène à l'île, et le froid au bord de l'eau entrait déjà dans mon esprit, les arches du pont étaient illuminées en rouge, mais de l'autre côté, le long du quai des Lavandières, des tubes de couleurs dansaient en musique sur l'eau noire du Rhône, la foule semblait ne plus être, armée de fantômes, dans un autre monde, guirlande d'ombres japonaises. avec un peu d'imagination "cerisiers en fleurs de nuit au Japon", et là, durant un instant, comme une éternité, je n'ai plus eu froid ...

Les livres ...

Les livres ... Il y a des livres, comme ça, on ne sait pas pourquoi, qui restent dans la mémoire, d'en lire le titre quelque part, au hasard, remonte aux miroirs de nos yeux toute l'histoire qu'on avait inventée, avec le temps, parfois, on ne sait plus si l'histoire dont on se souvient est celle que l'on a lue, ou celle que l'on a inventée, avec le temps, en partant de ces mots-là, en changeant imperceptiblement, jusqu'à en faire un angle droit, au fil du temps, les lumières, les saisons, il y a des livres, comme ça, on ne sait pas pourquoi, dont les pages virevoltent, aux confins de leur immobilité forcée serrées sur une étagère, virevoltent dans le tourbillon de nos battements de cils, l'histoire encore de papillons qui s'envolent, farandoles de lettres, guirlandes de ponctuations, les mots qui s'embrouillent, et l'histoire qui change, un seul livre, tant d'histoires, les plus belles histoires du monde...

Lisbonne

Lisbonne...
Partie, revenue. Mais c'est là-bas que je viens vous raconter. Vous parler de cette escapade. Vous dire les couleurs, les bruits, les petites choses... Parce que Lisbonne, c'est cela. Les petites choses. Rien d'extravagant. Rien de grandiose. Juste les petites choses. A découvrir lentement. Au gré des flâneries. Au fil des pas. D'une place béante à une ruelle cachée qui dévoile toute sa tendresse à travers les murs tâchés de linge qui sèche. Des berges du Tage qui s'étirent laborieuses au Pont Vasco de Gama qui s'étale fataliste. De la fatigue chronique des tramways d’avant guerre au soleil généreux. Des soirées langoureuses à regarder passer le temps aux matins énergiques au bord de la piscine. Des journées à marcher, le nez en l’air, aux nuits dérangées par un lit inconnu. Lisbonne. De la Tour de Bélem au monument des découvreurs. De la gare d’Oriente au Panthéon national. De l’avenue de la Liberté au vieil Alfama. Lisbonne, c’est ça. Tout et rien. Lisbonne, c’est un théâtre à ciel ouvert. Le calme, le silence et les pensées qui s’entrechoquent avec les ombres de la nostalgie. Lisbonne, c’est le fado jusque dans l’écho du silence. Lisbonne, c’est le temps qui s’arrête.

L'Alfama...
A découvrir sous chacun de nos pas. Sans se tordre les pieds, entre les pavés et les congères. Simplement se laisser porter par la foule hétéroclite des grandes avenues ou se perdre dans les ruelles étroites de l'Alfama. L'histoire de Lisbonne est écrite sur ces murs. Il suffit d'un peu d'imagination pour voir déambuler entre les ombres des marins d'un autre temps, ils croisent leurs pas, par la magie d'un regard différent, à ceux des enfants qui piaillent dans un éternel jeu de cache-cache. L'Alfama se déguste à la sueur du front autant que dans l'assiette gourmande servie sous la tonnelle, là-bas, sur cette petite placette d'où s'envole un seul palmier. Majestueux, et fier parce que majestueux, il s'élance dans le ciel, comme pour remplir de ses verts le bleu éclatant d'un soleil d'automne. L'Alfama se devine dans les dessins des faïences qui recouvrent les mur, dans les murmures des vieilles dames alanguies de chaleur sur le rebord d'une fenêtre, dans les mots hauts et forts des hommes attablés devant leurs bières...

Lisbonne porte en elle la légèreté de tous les espoirs et le murmure assourdissant de la mélancolie.
Lisbonne se déchire d'un patchwork fragile qui résiste à la vie, renaissant d'un tremblement de terre ou d'une inondation, dépassant tous les conquérants qui ont tenté de l'assouvir. Elle est posée là, entre le fleuve et l'océen, elle regarde encore, elle regardera toujours vers le lointain...

Les mots à rêver ...

A l'instar des rêves, les mots ne sont que des mots, ils ne sont rien en eux-mêmes, sinon les reflets d'une apparence, l'ombre d'une ombre qui se tapit encore au fond de soi, mais je vous invite à les lire, à les aimer, à leur donner vie, à leur donner la vie dans vos propres couleurs, pour ensuite les garder vivants ...
 
Les mots à rêver ...
Poser une main sur le coeur, l'autre dans les cheveux, ouvrir la fenêtre sur la ville enneigée, cueillir des mûres, pique-niquer, s'acheter un livre, du parfum, s'asseoir sur un banc au bord du lac un soir de janvier, manger des cerises, lire le journal sur une terrasse de café, prendre le bus, regarder les flammes danser dans la cheminée, laisser le vent décoiffer nos cheveuxperdre son temps, savoir que le temps n'est jamais perdu, penser que le temps perdu a le goût des cerises, rester assis des heures sur la berge à se regarder dans le miroir des eaux, visiter une exposition, essayer de se souvenir de mots écrits en noir sur les murs rouges d'une cabine des Bains, marcher dans les flaques, mettre des couleurs dans sa maison, boire un café, fumer une cigarette sur le balcon, imaginer la vie des gens qui prennent ce train qui part, ne pas oublier d'acheter des draps à rêver, ne pas oublier les anniversaires, et ce rendez-vous chez le coiffeur, ni les non-anniversaires, donner, recevoir, prendre, fuir les imbéciles, les racites, être ouvert en permanence, ne pas s'effrayer des carrefours, ni des jours difficiles, partir en week-end sur un coup de tête, ne pas savoir où l'on va, prendre n'importe quel train, savoir qu'il y a des petits bonheurs cachés dans toutes les secondes, savoir qu'une vie n'est qu'une poignée de secondes, prendre congé le jour de son anniversaire, s'endormir sur une plage, près de toi, contre toi, deviner un dauphin dans une flaque d'eau, ou une baleine, rêver d'une maison à la campagne, boire un chocolat chaud au soleil, sourire, te réveiller pour faire l'amour, relire les livres de l'enfance, vider le grenier, t'offrir le dernier disque de ta musique préférée, casser des bibelots, se porter malade et rester au lit avec toi, danser le chachacha, écouter un saxo pleurer, faire le vaisselle, douter, essayer de ne plus douter, y arriver parfois, attacher les cadeaux avec de grands rubans dorés, boire aux fontaines, se gicler et rire comme des enfants, manger une pizza dans les ruelles pavées du vieil Annecy, toujours regarder les autres au fond des yeux, applaudir les chants des enfants, marcher dans une forêt en automne et se faire surprendre par la pluie, regarder une coccinelle s'envoler, mettre un grand chapeau rouge, t'offrir des gants, sentir tes mains sur  mon cou, écouter la pluie tomber sur un toit de tuiles ondulées, avoir froid quand tu m'oublies, se cacher dans une écharpe en soie, ou dans un grand foulard, jouer au chat et à la souris, abuser des sentiments, écouter le sage et le fou, apprendre des deux, mourir s'il le faut, mais vivre, être généreux, essayer de comprendre, toujours, accepter ce que l'on ne comprend pas, arroser une orchidée, laisser des plages vides dans son agenda, des heures pour rêver, dormir, détester les cravates, détester ton silence, chuchoter au cinéma, marcher les pieds nus dans le sable, mettre une robe rouge, déguster tes lèvres, déguster encore tes lèvres, manger une glace à la vanille, à la pistache, aux noisettes, avoir trop souvent froid, ouvrir des portes, marcher en comptant les pas, fermer les portes, chercher lesmots pour les réouvrir, aimer, s'émouvoir d'une mésange qui s'envole, aimer Genève, ou Paris, ou Lausanne sous la neige, vouloir des yeux verts plongés dans les tiens, croire en Dieu, au soleil, à l'innocence des enfants, chercher l'oubli, ne jamais le trouver, l'avoir toujours eu en soi, ne pas hésiter à faire le lien entre des maux de gorge et des mots à dire, faire confiance à la vie, à son coeur, à son intuition, mesurer l'éternité, se souvenir de l'intemporalité du temps, goûter chaque seconde, écouter le silence, ne jamais devenir riche, parler aux oiseaux du paradis, apprendre à dessiner les mains des vieillards, descendre chercher du bois à la cave, ne pas renoncer à l'indicible, laisser sa peau frémir, aller au cinéma, s'endormir dans tes bras, regarder ton visage pendant que tu dors, se laver les dents en même temps, voir la mer, t'appeler encore, allumer ta cigarette, se raconter des souvenirs d'enfance, lire dans le bain, fuir la foule, m'enivrer, murmurer des mots doux à ton oreille, sentir ton sourire au téléphone, garder une bouteille de champagne au frais, recevoir des fleurs, s'étonner de tout, toujours, tendre sa main, ne pas poser les questions quand on est pas prêt à entendre les réponses, poser les bonnes questions, donner des couleurs aux voyelles, apprendre la patience, compter sereinement les jours avant ton retour, essuyer une plaie, sécher les larmes d'un enfant, croire aux légendes, ne pas avoir honte de pleurer, éteindre la lumière, inventer des mots de toutes les couleurs, dans toutes les langues, nourrir la mémoire, ramasser des myrtilles, des baies, respirer à fond, écrire sur du papier rose, écrire une carte de la Saint-Valentin, chercher les mots justes, les offrir comme autant de pétales légers, nager seul dans le lac, aller au Salon du Livre, prendre des photos au soleil, se souvenir des jolies choses, te les offrir en les racontant encore, prendre un train sans billet, ne pas savoir où va ce train, découvrir les musiques du monde, attendre que les rayons de soleil percent la brume, fermer les yeux et retrouver l'odeur de ta peau, manger un caramel, t'embrasser, détester une larme qui perle à ton oeil, louer un bateau, acheter du pain pour les mouettes, éclater de rire, savoir encore s'émerveiller comme un enfant, entrer dans une église, un temple, une mosquée, un musée, dire bonjour aux vieilles dames, leur offrir des fleurs sans raison, ou mieux pour un sourire, oublier l'heure, toucher ton bras, marcher sans se retourner, se cacher pour pleurer, te désirer dans un pull à col roulé noir, ou rouge, ou blanc, écouter les bruits familiers de la ville, se souvenir toujours avec douceur du premier rendez-vous, du premier baiser, vivre, attendre l'aube, se perdre dans les rues de sa ville, marcher au hasard des rayons du soleil, tendre les bras à un enfant qui trébuche, se nourrir de tendresse, croire que les lendemains sont autant de promesses, décrocher la lune et la suspendre dans ton salon, pleurer, donner aux choses leurs vrais noms, aux sentiments aussi, regarder devant soi, se perdre dans les détails, pardonner les erreurs de ceux qu'on aime, se pardonner ses propres erreurs, en tirer ses expériences, ne rien regretter, arracher les mauvaises herbes, prier, manger du pain aux graines de sésame, traverser le Pont du Mont-Blanc sur un pied, chercher et trouver dans chaque jour qui passe les petits bonheurs que la vie apporte, les savourer, les offrir en retour, s'en souvenir, rendre visite aux grands-pères, partir au milieu d'un repas ennuyeux, regarder la télévision, aimer les caméléons, les colibris, boire dans des verres en cristal, dresser de belles tables sans raison particulière, t'apporter ton petit-déjeuner au lit, avec le journal, te regarder dormir, croquer une pomme, un pêche, un bonbon, t'embrasser dans un bus, au cinéma, ronchonner, ôter mes gants pour tenir ta main, poser ma tête sur ton épaule, rire avec toi sans savoir pourquoi mais rire encore, manger du riz avec des baguettes, se réveiller pour un baiser de plus, compter tes grains de beauté, parler de tout et de rien pendant des heures, lire le journal par-dessus ton épaule, te regarder sans que tu ne le saches, caresser un chat, chanter, dire bonjour à ceux qu'on aime, dire bonne nuit aussi, ne jamais s'endormir les larmes aux yeux, regarder les vagues se fracasser contre les orages, prendre un abonnement de ski journalier et passer l'après-midi sur une chaise longue au soleil, inventer des jours et des lendemains, habiller son coeur de fête, t'attendre pour m'endormir, te croiser par hasard dans la rue, lire un livre parce que tu l'as aimé, en parler ensemble, t'offrir des fleurs, te dire toute la vérité, se souvenir que toute vérité n'est pas bonne à dire, réchauffer ton coeur, préparer une tarte aux pommes, avec de la canelle, savourer la première pensée du jour, et toutes les autres pensées, et plus encore celles qui te ramènent, jeter du pain aux canards, t'écrire de longues lettres à l'envers, en couleurs, te téléphoner seulement pour entendre ta voix, chanter sous la pluie, reconnaître un pas dans l'escalier, rouler sans but sur des chemins de traverse, se souvenir du Jardin du Luxembourg parce que les moineaux viennent manger dans les mains des passants, jouer aux échecs sur une place publique, organiser une expédition en Jordanie, tomber, savoir quele bonheur est gratuit, courir dans un champ de blé, prendre rendez-vous avec son amoureux, écouter le vent qui siffle dans les platanes, rêver de Provence, et des canisses, et de l'odeur de la lavande pendant la moisson, dessiner un oiseau dans le creux de la main, un petit clown au bout de chaque doigt, pleurer de joie, de bonheur, de tristesse, manquer de toi, t'envoyer une carte postale, pleurer en regardant un film, écouter de la musique, s'enfermer dans la salle de bains, marcher main dans la main sous la pluie, visiter le château de Chillon, pour la vingtième fois, aller flâner au marché aux puces, dans les rues de la Vielle-Ville, prendre le métro, ramer, aimer ton prénom, parce que c'est celui d'un poète, le troisième aussi, ne jamais te dire je t'aime, choisir tous les matins de t'aimer, faire la sieste sur une pelouse, faire des caprices, partir en week-end sans rien dire à personne, t'embrasser sur le bout du nez, te pousser quand tu prends toute la place, regarder tomber la neige, s'évader, vivre chaque jour comme le dernier, comme le premier, mais rêver l'éternité des jours à venir, avoir de l'audace, déchirer un magazine idiot, dire des bétises, prendre des chemins de traverses, marcher sur le bord des paupières, marcher vers un regard que l'on espère, écrire des poèmes, des mots d'amour, offrir son temps, écouter son âme, se retrouver dans des buffets de gare, bouder, recevoir un mot de toi et sentir mon coeur cogner, chanter de vieilles chansons, garder ton t-shirt pour respirer encore ta peau quand tu n'es pas là, déguster un verre de vin en mangeant des tapas, discuter avec la voisine, parler de toi, poser un point rose sur le i du verbe aimer, partir, rester des heures à table à discuter avec des amis, te parler d'un tableau de Vétriano, de mes émotions, s'emmêler les jambes dans un lit, sous une table de bistrot, boire une bière, allumer une bougie, lécher les vitrines, acheter des bétises, en manger, dormir à l'hôtel, te dire la couleur du ciel avant que tu n'ouvres les yeux, rester au lit toute la journée parce que c'est dimanche, faire du thé, courir, écouter les paroles d'une chanson, attraper des flocons de neige avec la bouche, rater un train pour rester une heure encore ensemble, écrire des mots avec les doigts sur la peau nue de ton dos, t'écouter parler, rire, chanter sous la douche, te regarder au fond des yeux quand tu te débats avec tes pensées, te raconter l'odeur des clématites, savoir que les vraies rencontres sont rares, et précieuses, faire l'école buissonnière, garder des sourires en réserve pour les jours sans toine pas compter les années qui passent, accrocher des boules de graines aux fenêtres, se cacher pour observer les oiseaux, jeter des cailloux dans l'eau, et faire des ricochets, éplucher des prunes, faire chanter la vie, rêver ...
 
 

Mademoiselle ...

"Mademoiselle... De la mousse à raser, des serviettes hygiéniques, un train raté... Parfois il suffit d'un rien, de pas grand chose ou de presque tout pour vibrer au hasard d'une rencontre éphémère. Le moment partagé, la valeur d'un instant. Un phare breton miniature, des cornichons. Un film attachant qui s'en va flirter du côté de cette sensibilité à fleur de coeur. Un film attachant. Une parenthèse dans le quotidien qui se laisse savourer."